Nous devons beaucoup à l’éleveur professionnel néo-zélandais Harry Cloake qui, dès 1969, a mis au point une méthode intelligente de production de cellules royales adaptée aussi bien au confort de l’apiculteur qu’à celui des abeilles. En plus de convenir à l’amateur comme au professionnel, cette méthode a l’énorme avantage de se rapprocher du comportement naturel d’une colonie en phase d’essaimage. Par conséquent, les reines vierges seront de bonne qualité car bien prises en charge par de nombreuses nourrices non stressées. Comme le starter et le finisseur sont réunis dans la même ruche, cette méthode évite le transfert du cadre de cellules de l’un à l’autre, ce qui n’occasionne pas d’interruption dans l’alimentation de la larve, état où elle est particulièrement vulnérable.
Le matériel :
- 2 ruches bien peuplées ;
- un plateau de séparation avec grille à reine modèle Cloake.
Paroles d’éleveur
"Pour produire des reines, j’ai essayé toutes les méthodes que j’ai pu lire ou entendre. Je voulais produire des cellules royales bien alimentées dans des finisseurs faciles à conduire. C’est en 1977, au cours d’une conférence Apimondia, qu’un producteur de miel néo-zélandais, Harry Cloake, m’enseigna son procédé. Sa méthode consiste à travailler avec deux corps Langstroth séparés par une trappe métallique amovible équipée d’une grille à reine. Cette nouvelle technique m’a permis de produire 30 reines par finisseur tous les quatre jours durant toute la saison d’élévage, et ce, durant mes vingt années de carrière."Norman V. Rice, MBE,
éleveur en Australie
Le plateau Cloake est un simple encadrement en bois de 2 ou 3 cm d’épaisseur dans lequel coulisse une plaque métallique. Une grille à reine est fixée sur la partie inférieure du plateau. Une petite ouverture dans la partie supérieure du système permet aux ouvrières d’accéder au corps (B) sans perdre leurs pelotes de pollen, et aux mâles de s’y réfugier.
A savoir
Pour produire des reines de qualité, les cellules royales doivent être démarrées 24 heures dans un compartiment orphelin (starter) et terminer leur cycle dans une colonie possédant une reine isolée par une grille (finisseur).
La méthode
1. Deux ou trois jours avant le greffage, choisissez dans votre rucher de production deux ruches bien peuplées, ici nommés corps (A) et (B), que vous placerez dans le rucher d’élevage, c’est-à-dire non loin du lieu où se pratique le greffage.
Orphelinez le corps (B). Vous pouvez profiter de cette opération pour faire un essaim de 2 ou 3 cadres de couvain fermé avec la reine et remplacer ces cadres manquants par des cadres de couvain ouvert prélevés dans le corps (A) dans le but d’attirer des nourrices.
Superposez ce corps (B) sur le corps (A) après avoir placé le plateau Cloake sans la trappe métallique : seule la grille à reine sépare pour l’instant les deux corps. Avec des abeilles noires locales (A. mellifera mellifera), en plus d’un petit nourrissement, intercalez une feuille de papier journal pour réunir les deux colonies, cela afin d’éviter la « bagarre ».
Précaution
Si vous travaillez avec des abeilles noires (A. m. mellifera), plus difficiles à élever que les autres races, vous pouvez attendre ainsi une dizaine de jours que le couvain du corps supérieur (B) soit totalement operculé.
2. La veille du greffage, faites faire un demi-tour à l’ensemble. Fermez l’entrée du corps (A). Les butineuses utiliseront désormais l’entrée du plateau Cloake.
Conseil
Pour ne pas avoir à retourner les deux corps, vous pouvez également obstruer l’entrée à l‘aide d’une cale en bois.
3. 2 ou 3 heures avant le greffage, séparez les deux corps en introduisant la séparation métallique du plateau Cloake. Retirez les cadres de couvain ouvert du compartiment (B) après avoir secoué les abeilles. Laissez un espace en prévision du cadre porte-barrettes. Le corps (B) isolé du (A) contient de nombreuses nourrices et les butineuses continuent leurs apports de pollen. Les abeilles de ce compartiment (B) développent un comportement orphelin caractéristique par son bruissement élevé. Ouvrez l’entrée du corps (A).
4. Greffage : introduisez le cadre de cupules greffées au centre du corps (B) en utilisant le moins de fumée possible, et nourrissez.
5. 24 heures après, retirez la séparation métallique. Le finisseur avec reine est en fonction. Nourrissez, même dans le cas où les conditions météo sont favorables.
6. Quatre à cinq jours plus tard, les cellules royales sont operculées. Elles peuvent terminer leur cycle dans ce finisseur jusqu’au 10e ou 11e jour (conseillé par la plupart des éleveurs). Mais, dans le but de démarrer une autre série de cellules royales, vous pouvez regrouper les barrettes de cellules dans un incubateur à cellules (finisseur identique dans lequel on place 100 à 200 cellules) ou dans un incubateur artificiel (voir pp. 59-61).
Ce starter-finisseur Cloake peut fonctionner ainsi toute la saison en produisant une série de cellules operculées tous les quatre à cinq jours. Il faut simplement faire une remontée de couvain operculé dans la partie (B) toutes les deux séries ou tous les dix jours, en répétant les phases 3, 4 et 5 pour chaque série. Si cette colonie s’affaiblit en cours de saison, vous pouvez la renforcer en (B) avec des cadres de couvain naissant provenant de ruches voisines.
En période d’essaimage, des conditions favorables permettent de confier jusqu’à 4 barrettes de 15 cupules greffées. En tout début ou fin de saison, il est préférable de n’introduire que 2 barrettes, car l’objectif n’est pas la recherche du taux d’acceptation, mais la qualité des reines produites.
Expérience
En Australie, où le système Cloake est très utilisé, le célèbre éleveur Norman Rice introduisait une barrette de cupules tous les quatre jours. Chaque finisseur contenait ainsi en permanence 3 barrettes avec des cellules royales au stade de développement différent : une récemment introduite, la seconde âgée de quatre à cinq jours, donc à peine operculée, et la troisième de neuf jours bien operculée.
Nourrissez
Ce starter-finisseur Cloake, tout comme les autres systèmes, reçoit à chaque intervention un nourrissement stimulant 50/50 (1 l d’eau + 1 kg de sucre) pour simuler une miellée (et donc favoriser les apports en pollen), et surtout pour augmenter le taux d’humidité, facteur déclenchant un élevage.

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