1 - VARROASE ENCORE ET TOUJOURS

- Cycle biologique annuel d’une colonie et infestation varroase (Sud-Est)
Si les colonies ont été bien traitées l’été 2005, la pression du parasite ne s’est probablement pas fait ressentir pendant cette saison 2006. Néanmoins, Varroa est toujours là, et son développement régulier imperceptible progresse inexorablement : on estime que sa population double tous les mois. Tout à l’inverse, celle de la colonie chute même si on observe une légère reprise de ponte en fin d’été.
C’est une période critique : le nombre de naissances d’abeilles diminue, alors que celui des varroas progresse. Reportées sur un diagramme, les 2 courbes parlent d’elles-mêmes à qui veut bien les lire, et leur croisement devient dangereux.
Celui qui ne traite pas volontairement ou par oubli, laisse s’engager un processus de destruction de ses colonies, et prend aussi la responsabilité d’infester les ruchers des alentours. Mais cette version pessimiste n’est pas d’actualité pour la très grande majorité des apiculteurs, débutants ou non.
Les retardataires se rendront compte, en constatant une moindre récolte, que le retard en apiculture se paie comme ailleurs. Les colonies traitées tardivement seront effectivement débarrassées de la majorité des acariens mais les abeilles naissantes dont la fonction est d’hiverner la colonie, auront subi de multiples prélèvements d’hémolymphe.
On peut penser sans trop se tromper, que pendant ces prélèvements, Varroa affaiblit les défenses immunitaires de l’abeille. Il injecte inévitablement les virus présents dans la ruche. Si ceux-ci ne sont pas pathogènes, par contact ou par ingestion, ils le deviennent dès qu’ils pénètrent dans son système circulatoire. C’est ainsi que l’on observe les résultats : des abeilles présentant des malformations (ailes absentes ou atrophiées, corps rachitiques). Elles ne participeront pas aux travaux de la colonie et ne feront que consommer des provisions. Il est évident que plus le nombre d’abeilles de ce type augmente, plus la force de la colonie diminue, et plus le risque d’un mauvais hivernage devient prévisible.
Avec quel produit traiter ?
Nous ne nous bornerons qu’à proposer deux des médicaments possédant une Autorisation de Mise sur le Marché (A.M.M.) :
- APIVAR : la molécule est l’amitraze. C’est le plus employé mais son efficacité est irrégulière.
- APIGUARD : la molécule est le thymol. Son efficacité tributaire des conditions météo est de l’ordre de 85 %.
Dans les 2 cas, il est conseillé de pratiquer un contrôle en période hors couvain. Voici à titre d’exemple les consignes du Groupement de Défense Sanitaire Apicole (G.D.S.A.) adressées aux apiculteurs de la Haute-Savoie.
Traitement de la Varroase avec Apivar

- Positionnement des lanières Apivar dans la colonie
Mode opératoire :
A - Traitement
- Suspendre avec un fil de fer 2 lanières neuves Apivar au cÅ“ur et dans le couvain à partir de la période 15/ 30 Aoà »t.
- Laisser agir les lanières pendant 10 semaines minimum.
- Retirer les lanières après traitement
B - Contrôle de l’efficacité du traitement
- Période : fin d’automne dès qu’il n’y a plus de couvain.
- Méthode : Evaporation / contact sur la totalité des ruches.
- Produit : Taktic (molécule Amitraze)
Interprétation des résultats :
- moins de 50 varroas : traitement d’été réussi.
- plus de 50 varroas : renouveler l’application de Taktic tant que le nombre de varroas est supérieur à 50.
Traitement de la varroase avec Apiguard
A - Préliminaires

- Positionnement des barquettes Apiguard
Le traitement est à effectuer tout de suite après le retrait de la hausse, dès le 15 aoà »t, de façon à ce que la température extérieure soit égale ou supérieure à 15° pendant la durée du traitement. En dessous de cette valeur, les dégagements de thymol risquent d’être insuffisants et l’efficacité du traitement amoindri. Cette recommandation est à pendre en compte pour les ruchers situés en montagne ou pour les traitements effectués tardivement. Prudence au dessus de 800 m d’altitude.
B - Mode opératoire (voir croquis)
- Surhausser le corps de ruche de 10 à 15 mm minimum de façon à obtenir une « chambre d’évaporation  » au dessus des cadres. Elle permet aux abeilles d’accéder directement au gel. Pour cela, on peut soit :
- déposer 4 liteaux sur les 4 sommets des 4 parois de la ruche.
- poser un couvre-cadres lui-même surélevé de 10 mm à 15 mm.
- poser un nourrisseur couvre-cadres renversé
- trouver une autre solution ingénieuse...
- Pousser le tiroir situé sous le fond grillagé (dans le cas de ruche ainsi équipée) pour confiner les vapeurs de Thymol.
- Ouvrir et poser une barquette d’Apiguard au centre et au dessus des cadres, le gel étant situé vers le haut.
- 15 jours plus tard, poser une seconde barquette d’Apiguard dans les mêmes conditions, même si la première n’est pas totalement vidée.
- Les barquettes peuvent être retirées dès qu’elles sont totalement vides. Il n’y a pas de risque à les laisser en place pendant l’hivernage, à part celui de maintenir une chambre d’évaporation et peut-être une surconsommation de provisions.
C – Contrôle de l’efficacité du traitement
Il est identique à celui utilisé après le traitement à l’Apivar.
2 - LA VISITE D’AUTOMNE
Tout aussi importante que celle de printemps, elle a pour but de vérifier :
- la quantité ou surface de couvain,
- l’état sanitaire du couvain et des ouvrières,
- le volume des provisions d’hiver.
La surface de couvain et son état sanitaire
A mi-septembre, une bonne colonie doit encore posséder 3 cadres de couvain, compact, operculé. Il fournira bientôt les futures abeilles d’hiver au corps gras, à longue vie capables d’hiverner et d’assurer le premier élevage printanier. Si au contraire, le couvain est clairsemé, en mosaà¯que, il est urgent d’en connaà®tre la raison et de réagir au plus vite, selon le tableau ci-après.
| OBSERVATION | CAUSES POSSIBLES | REMEDES PROPOSES |
|---|---|---|
| Couvain sain | Reine déficiente | Reine à changer |
| Couvain ouvert et présentant des larves momifiées | Ascophaerose probable |
Reine à changer
Traiter la varroase avec le thymol de préférence Désinfecter le plancher à la flamme |
| Couvain aux opercules troués, affaissés | Risque de loque américaine | Consulter l’agent sanitaire local |
| Couvain aux opercules troués, abeilles atrophiées | Forte infestation de varroase | Traiter immédiatement
Pour la réunir avec une colonie faible, attendre 1 mois après le début du traitement |
N’oublions pas qu’en automne (fin septembre au plus tard) un nourrissement spéculatif, au sirop 50 / 50, distribué régulièrement est tout à fait réalisable et sans l’inconvénient printanier qui provoque l’essaimage. Les colonies aux jeunes reines qui en bénéficieront verront leurs surfaces de couvain augmenter. Si le nourrissement spéculatif est administré plus tard, les surfaces nouvelles de couvain risquent de souffrir en cas de refroidissement brutal. Alors, le remède devient pire que le mal ; la grappe d’abeilles en se resserrant pour lutter contre le froid peut abandonner une partie du couvain de périphérie qui mourra et pourrira car les ouvrières n’auront plus la possibilité de l’éliminer.
L’état sanitaire des ouvrières
Avec un peu d’expérience, et beaucoup d’observation, l’apiculteur peut détecter des comportements ou des anomalies physiques des ouvrières. Nous les résumons ainsi :
| Observations | Causes possibles |
|---|---|
| Abdomens gonflés | Risque de diarrhée et/ou nosémose |
| Abeilles mutilées | Infestation de la varroase |
| Difficultés de vol, ailes asymétriques | Présomption d’acariose |
| Abeilles toutes noires brillantes, ayant perdu leurs poils | Indice de la maladie noire |
Il va de soi que ces exemples ne sont à prendre en considération que si le nombre d’abeilles incriminées est significatif. Dans ce cas, le débutant doit faire appel à l’agent sanitaire local qui prendra les mesures nécessaires.
Les provisions d’hiver
Certains imaginent peut-être que l’abeille récolte pour l’apiculteur qui la loge, la soigne, voire la nourrit. Il n’en est rien, bien sà »r ; l’abeille possède un instinct d’amassage et récolte en premier lieu du nectar tant que la nature lui en offre et tant qu’elle dispose de place pour le stocker. Elle ne donne rien à l’apiculteur, c’est lui qui se sert sans rien demander. A lui donc de ne prélever que le surplus dans chaque colonie, si surplus il y a.
Dans le cas contraire, il doit apporter sous une forme ou une autre le complément nécessaire. Par ailleurs, on sait qu’une colonie ne vit bien qu’au milieu de provisions abondantes. A combien peut-on estimer les besoins en miel pour hiverner et nourrir le couvain printanier, avant toute rentrée conséquente ?
Cela dépend de la taille de la colonie, de la région, de l’altitude. Généralement une quinzaine de kilos de miel suffisent, ce qui correspond à 4 cadres de corps Dadant complètement operculés (1 cadre étant estimé à environ 4 kg). Partant de cette valeur, à chacun d’estimer les provisions en stock et de compléter si besoin par du sirop concentré, du candi ou du miel. L’excès n’est pas nuisible, à condition toutefois de ne pas provoquer un blocage de ponte par manque de place.
Le nourrissement au sirop concentré ou candi ne pose généralement pas de problème. Par contre, l’apport de miel dans la ruche demande quelques précautions.
Primo, il doit être issu de colonie saine, et dans le doute il est préférable qu’il provienne de sa propre exploitation, pour éviter l’apport d’agents pathogènes.
Secundo, le nourrissement avec du miel risque de provoquer du pillage en cette période de disette. Aussi, celui qui serait tenté par ce type de nourrissement doit prendre quelques mesures de sécurité : nourrir le soir, rétrécir les entrées, éviter les coulures de miel, veiller à l’étanchéité des ruches....
On détecte un début de pillage lorsqu’une concentration d’ouvrières s’excite sur un point donné. Il faut en supprimer la cause au plus vite, avant que ce phénomène ne prenne de l’importance et ne soit plus maà®trisable.
3 - LE LECHAGE DES HAUSSES
Après l’extraction, les cadres restent « mouillés  » de miel et présentent quelques dégâts provoqués lors de la désoperculation. Il est intéressant de reposer les hausses sur les ruches, afin que les abeilles récupèrent le reliquat de miel et réparent les dégâts. Pour ce faire, on intercale entre corps et hausse à lécher un couvre-cadres possédant un trou de nourrissement ou un nourrisseur couvre-cadres équipé également d’un trou de nourrissement.
Pendant cette opération, on réduit les entrées des ruches, toujours à cause d’un possible pillage. Après 3 ou 4 jours, les cadres sont remis en état, léchés par les abeilles : les hausses peuvent être enlevées et rangées.
Outre la remise en état et le nettoyage, cette opération provoque une accélération de ponte de la reine, bien utile à cette époque, pour obtenir davantage d’abeilles d’hiver. Le léchage des hausses peut concerner toutes les colonies ou seulement celles qui ont besoin d’être dopées.
4 - STOCKAGE DES HAUSSES
Les cadres bâtis, qu’ils soient de corps ou de hausses sont précieux. L’abeille ouvrière a utilisé beaucoup d’énergie pour les construire. En effet, on compte généralement que 7 à 8 kg de miel sont nécessaires pour produire 1 kg de cire. Il convient donc de veiller au stockage des cadres afin de se prémunir contre les principaux ennemis de la cire : les parasites, les moisissures, les rongeurs.
Les parasites
Si l’humidité est suffisante, des acariens peuvent attaquer les rayons, surtout si ceux-ci ont contenu du pollen (cas où la reine est montée en hausse pour y pondre).
Ce pollen est alors transformé en une masse pulvérulente qui déborde des cellules et peut même s’étaler de part et d’autre, rendant le cadre inutilisable si la surface atteinte est importante. Dans ce cas, il ne reste qu’à fondre le rayon pour récupérer un peu de cire. La fausse teigne Galleria mellonella risque de s’installer pendant la longue période où les cadres sont inutilisés. Elle cause des dégâts dans les ruchers des plus attentifs d’entre nous.
Les moisissures
Elles se développent en cas d’humidité excessive du lieu de stockage et rendent les rayons inutilisables. C’est aussi le cas de cadres de rive qui sont abandonnés par la grappe pendant la période d’hivernage.
Les rongeurs
C’est principalement la souris qui cherche le logis et le couvert dans les hausses, d’autant plus que les cires ont contenu du pollen. Elles y construisent leur nid avec divers matériaux et l’abandonne au printemps, laissant des cires rongées et une odeur nauséabonde qui chasse les abeilles.
Comment se prémunir contre ces divers prédateurs ?
Par le froid, la lutte chimique et la lutte biologique :
Par le froid
Là où sévit le froid, notamment en montagne, le développement des moisissures et de la fausse teigne est fortement ralenti. S’il s’agit de quelques cadres, on peut les déposer pendant 1 à 2 heures au congélateur : les Å“ufs et les larves de la fausse teigne seront alors détruits, ce qui garantit la conservation des cires, s’il n’y a pas réinfestation.
La lutte chimique
Divers produits tous plus ou moins dangereux peuvent être utilisés, mais sont fortement déconseillés. Déconseillé aussi le Paradichlorobenzène, pourtant commercialisé. Déposé sur les cadres, il s’en dégage un gaz lourd qui ne tue que les larves de Galleria. Mais le risque existe de tuer les abeilles lors de la réutilisation des cadres et pis encore de contaminer les cires liposolubles et le miel. Nos collègues suisses l’ont interdit d’emploi.
Qu’attend-on pour en faire autant ?
Dans cette rubrique, le soufre trouve sa place, même si le produit présente quelque inconvénient pour l’apiculteur qui inhalerait quelque volute d’anhydride sulfureux (SO2), gaz lourd qui se dégage de la combustion du soufre. Dans ce cas, on brà »le le soufre sur les hausses et celles-ci sont protégées de la fausse teigne, s’il n’y a pas de réinfestation. Mais, le SO2 présente l’inconvénient d’oxyder les parties métalliques des cadres (fil de fer), surtout les fils étamés.
La lutte biologique
On peut utiliser un insecticide biologique, vendu sous le nom commercial de B 401. Sur l’emballage du produit, le fabricant résume sa composition comme suit :
« B 401, à bases de Bacillus thuringiensis, est un produit 100 % biologique qui élimine radicalement les larves de la fausse teigne. Il ne laisse aucun résidu ni dans le miel, ni dans la cire. B 401 est sans risque pour les abeilles, l’apiculteur ou le consommateur. C’est « l’alternative biologique  ».
La méthode consiste à pulvériser le produit sur les 2 faces des cadres, les laisser sécher avant de les stocker.
J’ai gardé pour la fin, la conservation des hausses empilées de façon à obtenir une cheminée d’au moins 2 mètres de hauteur. Pour cela on prévoit à l’extérieur un support non hermétique placé à l’ombre et protégé des intempéries, au sec, sur lequel repose une grille interdisant l’accès aux gros prédateurs (souris....).
On empile ensuite les hausses, on les ajuste hermétiquement. On recouvre enfin la pile d’une seconde grille lestée qui n’entravera pas la circulation naturelle de l’air provoquée par l’effet cheminée.
Ce courant d’air freine avec une bonne efficacité le développement des moisissures et de la fausse teigne, d’autant que le froid hivernal agit dans le même sens. En Haute-Savoie, ce système convient bien : il est efficace, ne coà »te rien et surtout n’a pas d’effet indésirable.
5 - CALORIFUGEAGE DES RUCHES
Dès que la visite d’automne a été réalisée, et que les dernières opérations ont été exécutées, on peut déjà calorifuger les ruches : face à toute perte de chaleur, la colonie compense en consommant du miel. Une surconsommation, d’une part grève les provisions d’hiver et d’autre part génère davantage de déchets dans les intestins. Tant que les abeilles peuvent sortir pour déféquer, cela ne pose pas de problème sanitaire. Toutefois, dès que les sorties deviennent impossibles, une accumulation des déchets peut provoquer la diarrhée et pire, la nosémose.
Posons donc au-dessus des couvre-cadres un isolant tel que des journaux, ou autres qui absorberaient un éventuel excès d’humidité.
Tout au contraire une feuille de plastique bloque l’humidité de la ruche, qui se condense et ruisselle le long des parois internes. C’est comme cela que l’on retrouve au printemps des cadres de rive moisis, irrécupérables.
CONCLUSION
Froidure, chaleur, sécheresse, froidure ! Que de changements en dents de scie avons-nous pu constater dans le climat de cet été...
Selon le moment des floraisons, nos abeilles ont profité, ou au contraire, ont subi ces écarts avec au final une bonne ou une mauvaise récolte.
Quel que soit son cheptel, l’apiculteur fait partie de la grande famille des agriculteurs, pour qui les bonnes conditions météo sont vitales. Souhaitons que vous ayez fait partie des plus chanceux et que les maturateurs débordent d’un bon miel, d’autant meilleur que, pour certains, il est le premier.
B. CARTEL

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